Projet d’étude et d’action sur l’impact des postes de contrôle en Guinée

CONTEXTE ET JUSTIFICATION

Selon une étude réalisée par T. A. NOYOULEWA de l’Ecole Nationale de l’Administration du Togo en 2009, les tracasseries routières sont perçues sous le double plan administratif et sécuritaire et des pertes financières enregistrées. Les tracasseries administratives et sécuritaires rappellent les difficultés que rencontrent, d’une part, les transporteurs et, d’autre part, les voyageurs dans leur déplacement et convoyage de marchandises.
En ce qui concerne les tracasseries sécuritaires (douanières, policières et de gendarmerie), elles s’entendent des difficultés qu’éprouvent biens et personnes aux traversées des postes de contrôle policier, gendarme ou douanier à l’intérieur et aux frontières des Etats. Ainsi, le personnel des douanes, celui de la police, et de la gendarmerie transforment les barrages destinés à contrôler le bon déroulement des voyages en points de rackets.
Comme dans la plupart des pays de l’espace CEDEAO, la Guinée n’est pas à l’abri de cette triste réalité qui, au-delà de l’aspect régional, touche également la circulation inter urbaine. Malgré ses multiples engagements, le gouvernement guinéen peine encore à lutter efficacement contre les tracasseries routières.

Face à cette situation, il est donc urgent d’entreprendre des actions qui partiront du plaidoyer (communication de presse, journées de désobéissance civile), jusqu’aux sanctions (poursuites judiciaires) afin de palier à ce fléau.
C’est dans cette logique que le Réseau Convergence des Jeunes et Leaders pour la Paix et la Démocratie (CoJeLPaiD) et ses partenaires, conscient du rôle des organisations de la société civile dans cette situation qui touche directement le citoyen à la base, entend donner le ton à travers la mise en oeuvre d’un projet de collecte d’information de documentation des tracasseries routières pour la réalisation d’un plaidoyer pour la suppression des barrages routiers.

OBJECTIF DU PROJET

Spécifiquement, il vise à documenter les pratiques des hommes en uniformes des barrages routiers pour :

  • Ressortir les préjudices économiques engendrés par les barrages routiers ;
  • Relever les formes de violations de droits de l’Homme que subissent les usagers de la route ;
  • Proposer des recommandations.

RÉSULTATS DES ENQUÊTES

Les différents types de violation des droits de l’Homme

Au niveau des barrages routiers, les types de violation des droits de l’Homme sont principalement :
1) Les violences verbales dont les injures ;
2) Les intimidations/Menaces ;
3) Les violences physiques où certains agents utilisent la force physique pour obliger certains usagers à faire leurs désirs

Les pertes des femmes vendeuses des denrées alimentaires : Le nombre de femmes étant estimée à 690 pour les marchés couvert par le projet, la perte annuelle moyenne est estimée à 9.936.000.000 GNF.

Les problèmes récurrents:

1)Temps perdu pendant la Fouille des véhicules ;
2) Corruption entre Chauffeurs et les agents de sécurité ;
3) l’incivisme des chauffeurs et Conducteurs ;
4) Embouteillages ;
5) Usagers sans pièces d’identité valable ;
6) Véhicule roulant sans papier en règle ;
7) Chauffeur conduisant sans permis valides.

Pertes des conducteurs/transporteurs dûes au nombre de rotations perdues

Pour les 29 conducteurs/transporteurs touchés par l’étude, sept cent soixante-cinq million six cent mille francs guinéens (765.600.000 GNF) sont perdu en moyenne par an.

Les recettes annuelles mobilisées par les agents des services de défense et de sécurité

Sur l’axe Conakry – Kindia : six cent quarante-cinq million cent-vingt mille francs guinéens (645.120.000 GNF) soit 480 000 GNF par jour d’après les informations données par certains agents des services de défense et de sécurité. Mais sa destination n’est pas connue par eux.

Sur l’axe Conakry – Boké : aucune information sur les recettes mobilisées n’a été obtenue à cause du refus des agents à répondre aux questions.

Cette recette est très insignifiante d’après certains usagers de la route dont les chauffeurs/Transporteurs. Selon les informations recueillies, un camionneur peut payer entre 200.000 GNF et 300.000 GNF pour éviter la fouille du camion permettant de gagner en temps.

ESTIMATION DES RECETTES GÉNÉRÉES PAR LES TAXIS ET LES CAMIONS

Autres sources de recettes

En plus des informations précédentes, l’étude a montré les rackets des agents au niveau de l’ensemble des barrages routiers où les agents prennent de l’argent avec les usagers qui n’ont aucune pièce d’identité valide. Il est demandé payement de 5.000 GNF par personne sans pièces d’identités valides.

CONCLUSION

Il ressort clairement de cette étude que les tracasseries routières existent bien en Guinée et sont une pratique reconnue de tous sous l’ œil impuissant des autorités guinéennes. Ces postes de contrôle non-conventionnels affectent d’une façon ou d’une autre, les droits de l’homme et la liberté de circulation des personnes et de leurs biens. Les informations collectées expliquent de façon détaillée et claire les mêmes réalités quotidiennes des postes de contrôle installés sur toute l’étendue du territoire national. Leur existence et gestion relativement ambiguës se justifiant par la volonté de préserver ‘’la sécurité nationale’’, violent pourtant l’accord signé en 2011 entre gouvernement et mouvement syndical dans le cadre de la suppression des postes de contrôle, mais causent également des préjudices économiques aux citoyens et usagers de la route.
Les résultats de cette étude dénotent en outre le caractère illégal et incompréhensible de ces postes de contrôle marqué par la présence massive des services de défense et de sécurité (militaires, gendarmes et douaniers), mais aussi par leur coordination et la gestion/destination des fonds qui y sont collectés. Le montant total estimé en terme de recette mobilisée au niveau des barrages est une raison qui fait que leurs démantèlement tarde à être appliquer. Ces recettes ne sont pourtant pas verser au trésor public mais restent un profit pour la hiérarchie des services de défense et de sécurité. Ces autorités influent sur les autorités administratives des zones où sont implantés ces barrages illégaux sous prétexte de leur rattachement à la Présidence de la République selon certaines informations des enquêtes.
Il revient ainsi à l’ensemble des acteurs socio-économiques de veiller au respect des textes de loi pour la suppression des barrages en Guinée pour permettre la libre circulation des personnes et de leurs biens mais également pour mettre fin aux rackets des usagers en générale et les pertes enregistrées par les femmes commerçantes en particulier.

Coordinateur du projet :

Monsieur Karano DIABY (karamodiaby@gmail.com)

One thought on “Projet d’étude et d’action sur l’impact des postes de contrôle en Guinée”

  1. Waou….C’est grave.
    Tout cet argent dans les poches des hauts dignitaires des forces de défense et de sécurité. Et le trésors public dans tout Ça ?

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